A la rencontre de… Anastasia Pavlyuchenkova
samedi 28 mai 2011 par Benjamin Adler
Sur le circuit WTA, la précocité est une arme à manier avec raison. "Surtout avec ambition", précise Anastasia Pavlyuchenkova, présente en huitièmes de finale à Roland-Garros pour la première fois de sa carrière. Tête de série n°14, la fille prodigue de Samara - "une ville plutôt connue pour son basket et son football" précise-t-elle - récolte enfin les fruits d'une maturité construite dans la difficile transition vers le professionnalisme. "Sans paraître prétentieuse, j'ai tout gagné chez les jeunes et quand à 16 ans je suis arrivée sur le circuit professionnel, j'ai dû apprendre à perdre. J'enchaînais les désillusions, je n'avais pas l'habitude et je doutais. Je me sentais nulle, je me posais des questions. Moralement j'étais touchée", se souvient celle qui fêtera ses 20 ans le 3 juillet prochain.
''Je suis une guerrière''Ses temps de passage sur le circuit juniors ont en effet été impressionnants : lauréate à 12 ans de son premier tournoi ITF en moins de 18 ans, qualifiée pour le tableau Juniors sur la terre parisienne à 13 printemps et patronne du circuit ITF juniors un an plus tard. Pour autant la transition chez les "pros" a été délicate. Mais la protégée de Jordi Vilaro à l'académie BTT de Barcelone n'est pas du genre à rester longtemps dans les méandres brumeux de questionnements anxiogènes.
"Je suis une guerrière, j'ai relevé la tête", se félicite-t-elle après nous avoir rappelé que "quand (je) suis arrivée chez les femmes, elles voulaient toutes me tuer. J'étais la petite jeune qui arrivait dans leur cour." Dans ce processus de construction, "le tennis est tellement différent dans le top 100 WTA", la famille a toujours servi de terreau pour "Nastia".
''Le tennis, c'est dans le sang''"Chez nous, le tennis c'est dans le sang. Je suis la troisième génération", avoue-t-elle le sourire collé au visage. "Mon frère a commencé avant moi, mon père l'a entraîné et j'en ai profité quand j'ai commencé à prendre goût à ce sport", développe la vainqueur du double juniors Porte d'Auteuil en 2006, dont la tante lui a transmis le virus de la raquette à 6 ans.
Dans cette famille de grands sportifs (sa grand-mère a joué en équipe nationale soviétique de basket ball, son père en équipe nationale de canöe, et sa mère a nagé en compétition), "Nastia" jette les bases de son jeu ultra puissant. Servi par un physique impressionnant (1, 77 m pour 72 kg), elle aime dicter la cadence de sa ligne de fond de court avec son grand coup droit. Un coup qu'elle adore lâcher le long de la ligne.
De la France à l'Espagne, en passant par la RussieDe 2007 à 2009, elle est venue perfectionner son art à l'académie Mouratoglou en région parisienne, où elle acquiert aussi quelques mots de français. "Avec Patrick (Mouratoglou) j'ai beaucoup appris. J'avais besoin d'une base en Europe mais aussi de nouvelles méthodes, on a passé de bons moments ensemble." Logiquement, quelques mois avant sa majorité, Pavlyuchenkova retourne donc aux sources, avec son frère aîné comme conseiller. Puis vient un autre virage important : son arrivée en Catalogne. Avec Vilaro et Francis Roig, Anastasia franchit un nouveau cap.
"Depuis l'Open d'Australie, je suis beaucoup plus mature. Mon niveau est enfin constant", se réjouit celle qui a atteint les quarts à Madrid en battant notamment Samantha Stosur, la finaliste de Roland-Garros 2010. "J'ai encore beaucoup de progrès à faire, mais je sais où je veux aller. Je ne suis jamais satisfaite, lance-t-elle le ton déterminé. Je n'ai pas le choix, je ne peux pas tout gâcher et revenir en arrière. Je dois réussir."
Une certaine fragilitéPour l'instant, elle est sur la bonne voie, puisqu'elle est 15e mondiale (elle a été 14e en janvier dernier). En février, elle a remporté le 3e titre de sa carrière à Monterrey en battant Jelena Jankovic, 6e mondiale, en finale. Et la voici pour la deuxième fois en huitièmes de finale en Grand Chelem, la première à Paris. Elle y retrouvera sa compatriote Vera Zvonareva, 3e mondiale.
En grattant sous la carapace du discours volontaire, une certaine fragilité se découvre. "Quand j'étais plus jeune j'adorais voyager, être sur le circuit. Tout était si facile, j'étais la meilleure de ma catégorie. Maintenant c'est plus dur, avec la pression et l'envie de voir autre chose que du tennis, être loin des amis et de la famille". Mais l'ambition est bien l'arme absolue : "Elle me préserve des doutes et me fait oublier tous les sacrifices."
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