Le détonateur et la nouvelle éliteL'état de grâce est fini pour Roger Federer. Après 5 années de pouvoir absolu, le N.1 mondial va subir les assauts redoublés de son plus grand rival Rafael Nadal. Mais aussi ceux de la nouvelle vague confortée et motivée par les exploits du Majorquin. Fin 2007 et en 2008 la révolte fera rage.
Et si la victoire de Roger Federer à Wimbledon était l'apothéose de sa carrière ? Et si le Suisse n'en avait plus que pour quelques mois de règne absolu sur le tennis mondial ? Le charme du tennis virtuose du Suisse, la fascination exercée par l'intensité de ses récentes confrontations avec Rafael Nadal ne sauraient occulter les bouleversements au sommet du tennis mondial.
Depuis 2003, Roger Federer s'est imposé comme "un des meilleurs joueurs de l'histoire, peut-être même le meilleur ". Ces mots sont ceux de Rafael Nadal, répétés à l'envie avant chacune de leur rencontre. Le Majorquin, devenu rapidement N.2, mondial a été le seul joueur capable de suivre le rythme. Le seul finalement qui a permis à Federer de garder une apparence humaine, malgré ses attributs divins.
Aujourd'hui, Federer lui-même annonce en un trait d'humour qui est presque un aveu que les rôles pourraient s'inverser : " A chaque fois que je gagne un Grand Chelem contre lui, je me dis : "C'est toujours ça (en parlant de Wimbledon) de pris avant qu'il ne les gagne tous !".
Nadal, rival par excellence
Terrien dur au mal, Nadal est le rival par excellence. Celui qui, malgré ses hommages sincères, n'a jamais été impressionné par le Suisse. Il a remporté le premier match, mené deux sets à rien lors du second, et l'a battu trois fois de suite à Roland-Garros. Nadal était le dernier verrou du Grand Chelem rêvé par Federer.
Pendant trois ans, il a tenu le N.1 mondial en respect. Mieux pendant trois ans, il n'a cessé de progresser au point de se sentir chez lui à Wimbledon, dans le jardin secret de Federer. Là où ce dernier a bâti sa légende.
Pendant trois ans, une nouvelle génération a grandi dans un sentiment d'admiration et de crainte mélangée. Il n'en faudrait pas plus qu'une victoire de Nadal sur Federer, à l'US Open ou l'Open d'Australie prochain pour que tout bascule.
A l'exceptionnel, nul n'est tenu. Le "génie" de Federer et la force de Nadal ne sont pas des modèles pour les nouveaux prétendants. Cependant, inspirés par le premier et convaincu de leurs propres ressources ou de l'attitude à avoir par le second, quelques grands espoirs du circuit sont déjà prêts à prendre le pouvoir.
Une passation de pouvoir entre Federer et Nadal est moins probable que le déchaînement d'une jeune élite encadrée par quelques gardes du Palais ATP expérimentés.
Djokovic et Gasquet adoubés
Cinq saisons de domination totale, cela correspond à l'écart entre Federer 26 ans au mois d'août, et Rafael Nadal, 21 ans. Avec lui, Nadal emmène une dizaine de joueurs qui ne sont plus des figurants mais d'authentiques acteurs des grands rendez-vous.
Novak Djokovic, actuel N.3 mondial, apprend à chaque sortie. Sa fulgurante progression devrait logiquement le mener à se poser en concurrent sérieux pour l'US Open et surtout début 2008. "Un futur N.1 mondial", a dit de lui Nadal, dont on se demande quand lui-même pourrait obtenir cette consécration.
Richard Gasquet est entré dans le top 10. Enfin diront les impatients. Les autres comme Federer ont apprécié sa performance à Wimbledon : "Il était fatigué contre moi, c'est normal, mais son match face à Roddick était fantastique. J'espère qu'il sera au top du classement bientôt." Si cela ne ressemble pas à un adoubement...
Une nouvelle élite en formation
Andy Murray, grand absent à Londres et Tomas Berdych ont déjà goûté eux aussi au top 10 et aux perfs contre Nadal et Federer. Marcos Baghdatis, qui s'est éloigné après un passage dans le top 10 à l'automne 2006, est déjà une figure marquante de cette élite en devenir.
Sans complexe, ces six joueurs acquièrent actuellement l'expérience nécessaire pour les plus grandes joutes. Ils sont les plus réguliers. On attend toutefois l'arrivée ou le retour dans le top 20 de Gaël Monfils et Mario Ancic.
A Flushing Meadows, Federer devrait encore faire valoir son aura. Ensuite, il devra non seulement lutter face aux meilleurs des générations précédentes : Nikolay Davydenko, Andy Roddick, Mikhail Youzhny ou encore les vieillissant James Blake, Ivan Ljubicic, Tommy Haas, entre beaucoup d'autres.
Il reste huit tournois cette année à Roger Federer pour prendre la mesure de ce changement progressif de régime. Son objectif, éviter tout renversement précoce et conserver au moins ses six titres acquis en 2006 sur sept joués. Cette année était peut-être l'année idéale pour réussir le Grand Chelem. Battu à Paris, vainqueur à l'arraché à Londres, Federer devra lutter pour qu'elle ne soit pas celle de la rébellion.
LES "JEUNES" QUI ONT BATTU FEDERERAndy Murray / Roger Federer : 1/1
Victoire : 7-5, 6-4 au Masters Series Cincinnati 2006
Richard Gasquet / Roger Federer : 1/6
Victoire : 6-7(1), 6-2, 7-6(10) au Masters Series Monte Carlo 2005
Tomas Berdych / Roger Federer : 1/4
Victoire : 4-6, 7-5, 7-5 à Athènes, JO 2004
Mario Ancic / Roger Federer : 1/4
Victoire : 6-3, 7-6(2), 6-3 à Wimbledon 2002
LES DEFAITES DE FEDERER2005 : 4 (Safin, Gasquet, Nadal, Nalbandian)
2006 : 5 (Nadal x4, Murray)
2007 : 5 (Cañas x2, Nadal x2, Volandri), en cours.
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